Dans mon précédent article décrivant la théorie sur la transmission d’un nom de famille, j’expliquais que jusqu’au XIXème voire au XXème siècle, notre société patriarcale attribuait par usage à un enfant nouveau-né le nom de son père, sans qu’aucune règle officielle n’existât. Les situations des enfants naturels sans père connu étaient donc plus compliquées à gérer pour les officiers d’état civil.
Cet article va nous permettre de passer à la pratique à travers l’étude de quelques cas réels concernant des enfants naturels et la façon dont les officiers d’état civil leur ont attribué un nom de famille lors de la déclaration de leur naissance. Ces exemples ne se veulent bien sûr pas représentatifs de la réalité « moyenne », mais donneront je l’espère une image de diverses originalités dont ont fait preuve les représentants de la loi.

Ne sont étudiés que les cas des enfants naturels dont on connaît au moins un parent au moment de la déclaration de la naissance ; les enfants trouvés[1] pour lesquels l’attribution d’un nom de famille doit suivre certaines règles à partir de 1811 (cf. mon précédent article sur la théorie) ne sont pas pris en compte ici.

Cas généraux : résultats de mon sondage sur Twitter

Pendant quatre jours de fin septembre, j’ai réalisé un petit sondage sur Twitter afin de savoir la façon dont les enfants naturels présents dans les généalogies de la généatwittosphère avaient été nommés lors de leur naissance au XIXème siècle.
La question de mon sondage sur Twitter

Les propositions étaient les suivantes :

  • paternel-couple non marié
  • paternel-mère non connue
  • maternel-père non connu
  • autre (précisez)

Ce sondage présente plusieurs biais :

  • il n’a ciblé que quelques centaines de twittos (il a été vu près de 2000 fois grâce notamment aux trois retweets et aux nombreuses réponses) ;
  • chaque personne ne pouvait répondre qu’une seule fois (limite imposée par la fonction sondage sur Twitter), même si elle était concernée par différents individus pour une même réponse et/ou par plusieurs réponses ;
  • je n’ai pu faire que quatre propositions (limite imposée par la fonction sondage sur Twitter) ;
  • des généalogistes ont répondu au tweet après la clôture du sondage, leur réponse n’étant donc pas comptée dans le vote.

Les résultats suivants ne sont donc pas représentatifs de la réalité, mais donnent des ordres de grandeur :
Les résultats de mon sondage sur Twitter

C’est le nom de la mère (le père de l’enfant n’étant pas connu) qui est attribué à l’enfant naturel dans l'immense majorité des cas (quatre réponses sur cinq). Cela est en accord avec le fait que sur 100 enfants naturels, moins de 20 étaient reconnus par le père à la naissance respectivement vers 1850 et vers 1900.
Le cas où l’enfant prend le nom de son père alors que sa mère n’est pas connue n’a fait l’objet d’aucun vote. Deux généalogistes, Frédéric ou @fp_genealogie et Renaud ou @airaetik expliquent toutefois avoir chacun trouvé un enfant portant le nom du père et né de mère inconnue.
Dans une faible proportion (6 % dans le sondage), l’enfant naturel prend le nom de son père alors que ses deux parents sont connus mais non mariés.
Enfin, et ce qui nous intéresse le plus ici, pour environ un enfant sur huit (13 % des réponses), un autre nom est attribué à l'enfant naturel.

Nous allons voir dans les paragraphes suivants différentes façons dont des enfants naturels ont été nommés, en allant de la plus simple à la plus originale… Je m’appuie sur quelques exemples rapportés par les généalogistes suite à mon sondage (pour limiter la longueur de mon article, je n’ai malheureusement pas pu citer tous les cas rapportés, mais je remercie encore chacun pour les exemples qu’il m’a fourni) et sur des exemples de ma généalogie.

Exemples concrets

Par souci de clarté, j’écrirai par la suite :

  • en minuscules le prénom de l’individu,
  • en MAJUSCULES son nom de famille.
Nom du père (couple non marié)
  • En 1856 à Saint-Désiré (Allier), naît Louis LABAUNE, fils de Louis LABAUNE qui le déclare et de Félicité SOULIER, sœur de ma SOSA 61 (génération 6). Louis fils sera légitimé par ses parents lors de leur mariage quatre mois plus tard.

Mention marginale de la légitimation de Louis LABAUNE

La légitimation de Louis LABAUNE portée en mention marginale de son acte de naissance en 1856. Cliquez pour zoomer.
Source : Archives départementales de l’Allier, Saint-Désiré, N 1796-1862, vue 911/942.

Nom de la mère (père non connu)
  • Marie SOULIER, fille de Félicité SOULIER (la même que dans le cas précédent) et de père non connu, naît en 1851 à Saint-Désiré (Allier). Elle sera légitimée, en même temps que son plus jeune frère Louis LABAUNE (cf. ci-dessus), lors du mariage de sa mère Félicité SOULIER avec Louis LABAUNE cinq ans plus tard. Cette légitimation a dû lui attribuer le nom de son père, mais aucune information n’apparaît (notamment en mention marginale de son acte de naissance). En 1876, on la retrouve bien sous le nom LABAUNE, lors de la déclaration de la naissance de sa fille naturelle (de père non connu) Marie LABAUNE, qu’elle « reconnaît bien comme sa fille », et qui décédera à l’âge d’un mois.
    On la retrouve également bien sous ce nom lors de son mariage en juillet 1877. On peut d’ailleurs y noter que ses date et lieu de naissance résultent « de l’acte de notoriété dressé par Monsieur le juge de Paix le 7 juin 1877 et homologué par le tribunal de première instance séant à Montluçon le 16 juin 1877 », et non pas de son acte de naissance.

Mention relative à la naissance de Marie LABAUNE

Les références de la naissance de Marie LABAUNE rapportées par des actes judiciaires et pas par rapport à son acte de naissance, dans son acte de mariage de 1877. Cliquez pour zoomer.
Source : Archives départementales de l’Allier, Chazemais, NM 1863-1895, vue 386/626.

  • La mention marginale d’un changement de nom figure quant à elle bien dans l’acte de naissance de Noémie BOCHE, née en 1887 à Saumur (49), fille de père inconnu et d’Eulalie BOCHE. @LaDrolesse4979 raconte que Noémie sera légitimée par le mariage de sa mère avec Henri GEAY deux ans plus tard : son acte de naissance en porte la mention marginale. Elle se marie ensuite bien sous le nom de GEAY. Vous pouvez lire la complexité que ce changement de nom a apporté à La Drôlesse au cours de ses recherches, dans l’article qu’elle a consacré à Noémie Saumur, 1887 – Noémie Geay est introuvable sur son blog.

  • Mélanie SOULIER naît en 1863 à Audes (Allier), fille de Félicité SOULIER (toujours la même), veuve depuis 6 ans (3 mois après son mariage évoqué précédemment) et de père inconnu. Mélanie décédera à l’âge de 4 ans et demi.

Les cas où l’on attribue à l’enfant le nom de sa mère quand le père n’est pas connu semblent donc les plus fréquents et finalement assez logiques.
Mais à une époque où tout le monde ne sait pas lire et écrire et où l’on ne s’embêtait pas avec les démarches administratives et leurs justificatifs, il arrive que le nom évolue au fil du temps, de façon plus ou moins radicale…

Et si on changeait de nom au cours de sa vie à l’insu de son plein gré ?!…
Quand l’officier d’état civil décide !

Le cas de @ChristelleGome5 en est une illustration particulièrement étonnante.
Son ancêtre né à Paris en 1874, fils de père non dénommé et de Marie Joséphine JUNG, se voit attribuer le nom de sa mère. Il s’appelle ainsi Paul Théophile JUNG, noms qu’il porte pendant toute sa jeunesse (y compris sur sa fiche matricule). Mais à son mariage à Malhesherbes (Loiret) en 1903, l'officier d'état civil décrète qu'il n'en a pas le droit : « dénommé à tort [dans son livret militaire] sous le nom de Jung qui est celui de sa mère laquelle ne l’a pas reconnu ». Au début de l’acte, et en mention marginale, il est appelé respectivement « Sieur Paul Théophile » et « Paul-Théophile » (le nom de sa future épouse, qui lui avait été attribué à tort, est d’ailleurs rayé).
Extrait de l’acte de mariage de Paul Théophile JUNG

Le nom de Paul Théophile n’est pas JUNG, dans son acte de mariage de 1903. Cliquez pour zoomer.
Source : Archives municiplaes de Malesherbes (Loiret), M 1903, vue 36/42.

L’officier écrivant toujours le nom avant le prénom (y compris et surtout dans la table alphabétique où il est rangé au P), PAUL devient son nom, et Théophile son unique prénom.
Extrait de la table alphabétique du mariage de « PAUL Théophile »

Paul Théophile JUNG est rangé à PAUL Théophile, dans la table alphabétique des mariages de 1903. Cliquez pour zoomer.
Source : Archives municipales de Malesherbes (Loiret), M 1903, vue 42/42.

C’est ce nom et pas celui de JUNG qui sera transmis à ses enfants et qui le restera jusqu’à son décès. L’histoire ne dit pas comment il se faisait appeler au quotidien avant et après ce changement de nom bien malgré lui...
Christelle a prévu de publier à partir de décembre sur son blog Autant de nos ancêtres... une série d’articles sur Paul... ou Théophile... enfin sur lui !, et sur ses parents, dont les vies constituent une véritable saga.

Quand l’officier d’état civil a du mal à suivre...

En ce qui concerne mes ancêtres, mon SOSA 98 (génération 7) né en 1787 à Sainte-Marie-du-Mont (Manche) prend le nom de sa mère dans son acte de naissance : Bonaventure BROHIER est le fils naturel de Marie BROHIER et d’un père inconnu. Je n’ai pas d’autres actes le concernant jusqu’à son mariage, où il est dénommé « Sieur Bonaventure Marie DIT BROHIER » ou « Sieur Bonaventure MARIE DIT BROHIER » (l’écriture manuscrite ne permet pas de déterminer l’accentuation) dans le corps de l’acte, et « Marie Bonaventure dit Brohier » en mention marginale (où sa femme est inscrite sont les noms de VERMONT Marie Anne Françoise)... On voit que l’officier d’état civil était un peu perdu, sans doute aussi parce que la mère de Bonaventure, alors décédée, ne l’avait pas reconnu. Il signe alors « B. Brohïer ».

Extrait de l’acte de mariage de Bonaventure Marie dit Brohier

Mariage de « Marie Bonaventure dit Brohier » ou de «  Bonaventure MARIE DIT BROHIER ». Cliquez pour zoomer.
Source : Archives départementales de la Manche, Sainte-Marie-du-Mont NMD 1813-1817 (5 Mi 834), vue 100/238.

Enfin, à son décès, il est appelé Bonaventure MARIE DIT BROHIER, fils naturel de MARIE DIT BROHIER…
Conséquence de cette absence de nom « véritable » : les cinq enfants du couple vont (presque) chacun porter un noms différent dans leur acte de naissance :

  • Virginie MARIE naît en 1815,
  • Marie Françoise MARIE BROHIER voit le jour un an plus tard,
  • mon ancêtre Aimable Virginie MARIE DIT BROHIER naît en 1822,
  • leur frère Georges Grégoire Désiré MARIE BROHIER arrive quatre ans après,
  • et enfin Bernard François BROHIER clôt la fratrie en 1830.

Avec toutes ces appellations différentes, il n’est pas impossible que j’ai raté la naissance de quelques enfants. A part pour mon ancêtre qui restera appelée « MARIE DIT BROHIER » mais dont le nom fera parfois l’objet de correctif dans des actes où elle est citée pour bien lui réattribuer ce nom au lieu de « BROHIER » comme indiqué au départ[2], je n’ai pas encore étudié la généalogie descendante des autres enfants pour savoir comment le nom s’est transmis au fil du temps.

Prénom de la mère (père non connu)

Un peu de la même façon que dans ce dernier exemple, l’origine géographique proche jouant peut-être un rôle, @Petronille76 du blog Des racines et des arbres : la généalogie par Valérie nous donne deux exemples d’enfants naturels nés dans le Calvados au XVIIIème siècle pour lesquels le prénom de leur mère est devenu leur nom de famille :

  • Michel ANNE, né en 1756, est le fils d’Anne GROULT,
  • Antoine MARIE, né en 1749, est le fils de Marie PERRON.
Nom issu de l’un des prénoms attribués à l’enfant

@CyrilleGirard85 nous rapporte le cas de son ancêtre Jacque André, fils naturel de Madeleine BERLAND et de père inconnu, né en 1802 à Pissote (Vendée). Son acte de naissance l’appelle « Jacque André » avec en mention marginale « Jacque André fils de père inconnu » (alors que l’acte voisin y indique les prénoms et nom de l’enfant).
Extrait de l’acte de naissance de Jacque André

Extrait de l’acte de naissance de Jacque André. Cliquez pour zoomer.
Source : Archives départementales de la Vendée, Pissotte NMD an IX-1807 (AD2E176/3), vue 32/252.

La table annuelle du registre n’étant pas classée par ordre alphabétique mais par ordre chronologique, on ne peut pas trancher sur le nom de famille qui semble lui être donné, même si les noms des autres enfants sont écrits sous la forme Prénom Nom (lui est nommé « Jaque André »).
A son mariage en 1839 à Pissotte auquel assiste sa mère, il est appelé Jean JACQUES, fils de père inconnu et de Magdeleine BERLAND, alors que dans la table alphabétique annuelle, il semble être classé à JEAN Jacques.
Extrait de l’acte de mariage de « Jean JACQUES »

Extrait de l’acte de naissance de « Jean JACQUES ». Cliquez pour zoomer.
Source : Archives départementales de la Vendée, Pissotte NMD 1830-1843 (AD2E176/6), vue 295/477.

Extrait de la table annuelle des mariages

Extrait de la table annuelle des mariages de Pissotte de 1839, notre homme semble plutôt classé à « JEAN Jacques ». Cliquez pour zoomer.
Source : Archives départementales de la Vendée, Pissotte NMD 1830-1843 (AD2E176/6), vue 311/477.

Au décès de son épouse en 1870 dans la même commune, il s’appelle maintenant André JACQUES. Dans le recensement de 1872 toujours à Pissotte, André JACQUES habite avec sa fille Augustine JACQUES.
A son décès en 1877 à Pissotte, il est également appelé André JACQUES (avec toutefois deux ratures pour son prénom, Jean lui étant d’abord attribué avant de le remplacer par André). Extrait de l’acte de décès de «André JACQUES »

Extrait de l’acte de décès de « André JACQUES ». Cliquez pour zoomer.
Source : Archives départementales de la Vendée, Pissotte D 1870-1883 (AD2E176/12), vue 65/111.

Il ne semble donc pas impossible que Jacques André se soit fait appeler Jean… Quand on ne sait pas quel est son prénom et son nom, il est peut-être plus simple d’en prendre un troisième, ce qui ne fera que corser encore un peu plus l’affaire des généalogistes... Vous pouvez consulter l’article que Cyrille a consacré à l’acte de naissance de son ancêtre sur son site Internet Cyrille Girard Généalogiste : Jacques André, fils de père inconnu, deviendra André JACQUES.

@pontoif nous rapporte un cas un peu similaire. Son ancêtre, Marie Madelaine, naît en 1836 en Vendée, fille de père inconnu et de Jeanne MACAUD. Son acte de naissance précise bien qu’on lui donne les prénoms de Marie Madelaine, mais dès la table alphabétique, elle est rangée à MARIE Madelaine. On la retrouve sous cette appellation dans différents recensements. Mais alors que sur sur certains actes, elle porte le nom de famille de sa mère, tous seront rectifiés au tribunal pour lui réattribuer le nom de MARIE. Finalement, sur son acte de décès, elle s’appelle « Marie-Madeleine » uniquement.
Vous pouvez retrouver la biographie de Marie-Madeleine sur le blog de Frédéric « De moi à la généalogie » dans l’article rédigé dans le cadre d’un challenge AZ : G comme Gard.

Sans nom de famille

@Marie_Odile59 nous rapporte le cas particulier d’un enfant né de mère dénommée et de père inconnu, à qui un seul prénom a été attribué, mais pas de nom de famille.

Nom inventé

Nous arrivons à la dernière catégorie, la plus surprenante, et celle qui m’a poussée à étudier les modes d’attribution des noms de famille à un enfant naturel, puisque les exemples que je vais citer correspondent à l’un de mes ancêtres et à sa sœur utérine qui ont des noms de famille particuliers. Je pensais d’ailleurs vraiment trouver d’autres exemples identiques parmi les autres généalogistes, mais apparemment, mes ancêtres ont eu à faire à un officier d’état civil à la pratique particulièrement singulière !

Mon ancêtre Louis LABEILLE est né le 20 janvier 1853 à Audes (Allier), fils naturel de Jeanne SOULIER et de père inconnu ; Jeanne habitait alors au lieu de la Mouche à miel (une « mouche à miel » étant une abeille). La naissance a été déclarée par Louis SOULIER, frère cadet de Jeanne, habitant au même lieu. Acte de naissance de Louis LABEILLE

Acte de naissance de Louis LABEILLE. Cliquez pour zoomer.
Source : Archives départementales de l’Allier, Audes N 1829-1862 (2 E 10 13), vue 145/196.

Lorsque j’ai trouvé son acte de naissance, je savais déjà via son mariage qu’il avait été abandonné, puisque celui-ci indiquait qu’il était « né de parents qu’il n’a jamais connus » le 2 février 1853 à Audes (Allier), et qu’il avait été déposé à l’hospice de Moulins un mois plus tard, le 4 mars.
Quand j’ai lu l’acte de naissance (on peut d’ailleurs noter un décalage de 13 jours entre la date de naissance officielle de Louis et la réelle), j’en conclus que le déclarant ou l’officier d’Etat civil ne s’étaient pas trop cassés la tête pour dénommer l’enfant Louis LABEILLE : le prénom du déclarant a été attribué à l’enfant, son nom a été tiré de son lieu-dit de naissance ou de celui d’habitation du déclarant.

Des recherches complémentaires m’ont permis de découvrir que près de trois ans plus tard, Jeanne SOULIER a eu un autre enfant naturel sans père connu. Mais alors que Jeanne habite toujours au lieu de la Mouche à miel à Audes, et que la naissance est déclarée par un autre frère de Jeanne, Louis SOULIER aîné qui habite cette fois aux Chétifs bois dans la même commune, l’enfant est appelé Marie JACOB.
Acte de naissance de Marie JACOB

Acte de naissance de Marie JACOB. Cliquez pour zoomer.
Source : Archives départementales de l’Allier, Audes N 1829-1862 (2 E 10 13), vue 160/196.

Tous deux conserveront ces noms de famille dans tous les actes que j’ai trouvés les concernant.

Lorsque j’avais découvert la façon dont les noms de Louis LABEILLE lui avaient été attribués, cela ne m’avait pas paru complètement aberrant (c’était alors le premier enfant naturel et le premier enfant abandonné de mon arbre. J’avais même souri devant ce lien de cause à effet entre le lieu d’habitation et son nom de famille). Mais avec tout ce qui précède, je me rends compte que donner à un enfant naturel sans père connu un nom de famille inventé est loin d’être courant. Et pour Marie JACOB, même si la logique de ne pas lui donner le nom de sa mère est la même, je suis encore plus perplexe, puisque son nom ne correspond a priori à rien.
Intriguée par ces deux dénominations aux méthodes quelque peu différentes et qui ne semblent pas se retrouver ailleurs, j’ai souhaité en savoir plus sur les pratiques de l’officier d’état civil d’Audes. Nous verrons donc dans un prochain article les « méthodes » qu’il semble avoir appliquées pendant plusieurs années pour nommer les enfants naturels nés sans père connu.

Une identité sans doute parfois difficile à porter...

L'attribution d'un nom de famille à un enfant n'étant régie que par l'usage, notre société patriarcale s'est trouvée bien embêtée face aux enfants naturels sans père connu. La majorité d'entre eux ont reçu le nom de leur mère, ce qui pouvait ne les stigmatiser de la "faute" de celle-ci que lors d'usages bien précis, dans une société où être un enfant de mère célibataire était mal vu. Quelques autres ont subi les affres d'officiers d'état civil par trop rigoureux ou à l'excès de zèle trop marqué. Quand certains représentants de l'Etat ne se souciaient pas de l'impact que pouvait avoir pour un enfant de porter toute sa vie un nom différent de celui de sa génitrice, d'autres n'hésitaient pas à changer le nom d'un homme au cours de sa vie. Quelle identité pouvaient alors avoir ces individus, illettrés pour la plupart, mais déjà tous marqués par l'inexistence d'un père ?...


[1]Enfant, né de père et de mère inconnus, trouvé exposé en un lieu quelconque ou porté dans les hospices destinés à le recevoir. Les enfants abandonnés en secret, notamment les enfants nés dans les hospices, de femmes admises à y faire leurs couches et délaissés par leurs mères, font partie de cette catégorie
[2]Cette modification n’est toutefois pas apportée dans son acte de mariage religieux où elle est d’ailleurs « fille de Marie Brohier et de Anne Vermont » (sans accentuation prénom/nom)

Sources :

Article écrit par Chantal, le 1 décembre 2018

Article précédent