Nouvel acte extraordinaire trouvé au fil de mes lectures des registres. Nous partons à la fin du XVIIème siècle, dans le registre de baptêmes et mariages de la Paroisse Saint-François du Havre de 1578 à 1667, dressé probablement uniquement à la fin de cette période. Le prêtre a rédigé un avis en préambule du registre, qui contient deux remarques intéressantes.

Le registre consiste en un

répertoire [...] fait d'après les registres originaux existant aux archives de la Mairie du Havre.

Même si le prêtre n'insiste pas particulièrement sur ce point, il est à noter qu'il s'agit d'un repertoire :

Il contient les noms et les prénoms de l'enfant ainsi que ceux du père. Le noms propre de la mère ne commence à être mentionnés que vers l'année 1632.

Alors que les tables décennales sont apparues avec l'arrivée de l'Etat civil, en 1792, et que la majorité des registres de baptêmes, mariages et décès de l'Ancien régime consistent le plus souvent en une série d'actes rédigés consécutivement les uns à la suite des autres sans table alphabétique annuelle, ce classement en est les précurseurs. Celui-ci est même encore plus performant que les tables décennales, puisqu'il indique directement les nom et prénom des parents.

le début du répertoire

Le début du répertoire alphabétique (source : Archives départementales de Seine-Maritime,
Registre Baptêmes et mariages de 1578 à 1667, Le Havre - Paroisse St-François, cote 3E00999, vue 4/182)

Deuxième point remarquable dans l'avis du prêtre : des commentaires sur l'orthographe des noms de famille. Voici la suite de la transcription :

En outre plusieurs noms qui parraissent
n’appartenir qu'aux seules et mêmes familles
sont parfois écrit différemment : on rencontrera
Aize Haize, Aumont, Homont, amont, Haumont
celle Selle. Cense sence, ansel, ancel.
Hieblerase, Yeblerase, Ybleuron. Advenet, avenet.
Respentier, Charpentier, querpentier, charpentiex, etc.
avec un peu d'attention on sera bien vite mis au
fait de ces différentes manière d'écrire les noms
propres a des époques ou l'orthographe était
peu suivie parce qu'elle était sans règles.
Il sera bon aussi de consulter plusieurs noms
dont les particules ont été omisent tel que :
Boulanger pour Leboulanger, Conte pour Leconte,
Theblier, Lethellier, etc, etc.
ont trouvera également a la suite un supplément
des baptêmes qui ont été omis dans le répertoire.
E. Harmond

On peut remarquer que le nom du prêtre aurait pu être ajouté à sa liste dès les premiers patronymes qu'il cite. Est-ce pour cette raison qu'il a tant insisté sur l'orthographe des noms de famille, ayant trop vu son nom écorché ?...
Quoi qu'il en soit, en voilà un prêtre consciencieux et rigoureux ! Sitôt la Grande Ordonnance de Procédure civile de Saint-Germain-en-Laye (ou Code Louis) définie en 1667 et prescrivant la tenue de registres paroissiaux à partir de l'année suivante, notre curé a repris les registres municipaux avec abnégation comme pour se rattrapper d'une défaillance par rapport à l'Ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 qui prescrivait la tenue de registres pour les baptêmes, et celle de Blois de 1579 qui l'étendait aux mariages...
Qui est le précurseur ? Les registres municipaux repris étaient-ils déjà tenus selon un tel classement ? Ou le curé en a-t-il amélioré la tenue avec ce système révolutionnaire ? A moins qu'une de ces précédentes Ordonnances ait déjà tout simplement suggéré ce système ?
A défaut d'une réponse à ces questions, nous verrons dans un prochain article les systèmes de classement des successeurs de ce curé, encore plus intéressants compte tenu de leur époque.


Sources :


Source de la première photo : Flickr © Nick Sherman

Article écrit par Chantal, le 27 août 2014

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